Article de presse
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STRATÉGIE DE SURVIE

 La lecture du troisième roman de Pavel Hak, né en Bohême mais écrivant en français, est éprouvante. Un immigré clandestin, Wu Tse, tente d'échapper à une dictature. Affamé, il se nourrit de cadavres volés, se cache dans les égouts, se fait exploiter comme manœuvre. Le roman vire à la parodie de série B : voyageant sur un cargo, Wu Tse se retrouve naufragé sur une île où un mystérieux scientifique, rappelant le Dr Moreau, hybride hommes et animaux. Puis c'est le retour à la «civilisation», plus bestiale que la jungle. Le style cru paraît parfois creux; à côté des clichés («plus les riches sont riches, plus les pauvres les envient»), la vulgarité fait tomber le texte à plat. Il y a de la facilité dans cette volonté de faire «choc». Mais si Hak vise en dessous de la ceinture, c'est que la transhumance de son héros lui inspire des images scatologiques. La violence et le grotesque des situations provoquent la gêne; les corps sont de la matière que l'on peut acheter, posséder, détruire.Voilà le seul intérêt de ce livre : décrire l'horreur sans la digérer ni la remodeler en une belle histoire d'aventure ou un mélo condescendant Le destin de Wu Tse dévoile une réalité que nous ne voulions pas regarder en face.

 JULIEN BURRI